LES EDITOS


L'édito de décembre...

J’avançais ainsi avec le pressentiment que je devais écrire avec honnêteté ma pensée sur la relation entre le Théâtre et la Politique, sans savoir cependant d’où me venait ce curieux pressentiment. Peut-être le souvenir de m’être ridiculisée dans des discours naïfs à ce sujet ou bien l’ennui de me cogner presque toujours de la même manière aux murs de ma propre pensée, sans une once d'amélioration. A la simple évocation de la question du politique au théâtre, mon esprit produisait presque autant de fumée que celle du cigare savouré par le protagoniste que je m’apprête à faire entrer dans ce récit sans justification et juste le temps d’une réplique en bon metteur en scène que je suis.

Regardez-le mon personnage ! Quel panache ! Regardez-le retirer son chapeau avec la grâce d’un homme des années 1950, hésiter au moment de prendre la porte, se retourner une dernière fois vers ses camarades et dire avec toute l’assurance qu’une telle réplique nécessite : « - Le théâtre, le théâtre ! Qu’est-ce que c’est au bout du compte, sinon refaire le monde ? »

En tant qu’auteur je décidais de m’asseoir plusieurs fois par jour à mon bureau afin de mieux comprendre le rapport entre théâtre et politique. Mais chaque fois, je tombais dans les yeux de Madame de Pompadour dont j’avais épinglé le portait au-dessus de mon bureau, et chaque fois que je croisais son regard il me semblait que Madame de Pompadour avait des idées diamétralement opposées aux miennes. Aussitôt je froissais les pages dans un bruit de pas de neige. Un soir pourtant elle sembla sortir de son immobilisme et m’interpella : « - Enfin, pourquoi s’obstiner à user de ce style lyrique et pompeux qui en emmerdera plus d’un ? Dites franchement votre pensée ! »

Ah ! je me demande ce qui nous pousse véritablement à écrire. Est-ce dans le souci d’émettre une pensée, de porter un message ou bien est-ce pour le plaisir secret de voir s’agiter devant nous les mots, formant presque malgré eux de la beauté, une forme rassurante et douce dans le bonheur de leurs mouvements ? Madame de Pompadour semblait s’être assoupie et je regagnais ma solitude dans le début de la nuit. Je crois que je venais de pointer du doigt, à travers mon rapport à l’écriture, quelque chose de mon rapport à la question politique au théâtre. Moi-même épuisée par ces profondes réflexions, je regagnais ma chambre à coucher. Je laissai décanter ces questions pendant plusieurs jours jusqu’à ce qu’un spectacle joue le rôle d’une révélation.

Le 23 novembre dernier j’assistai au dernier spectacle du théâtre du radeau à la Fonderie : Item. Une œuvre poétique sculptée dans des trappes en bois qui ouvre sur un monde qui n’a rien à envier au réel, fabriqué dans une grande liberté par une équipe singulière. Ces artistes n’ont jamais cessé de croire au pouvoir de la poésie et nous donnent intimement le courage d’avoir foi en nos luttes.

Inspirée par ce spectacle j’écrivais donc que le théâtre devait d’abord transfigurer le champ du réel par la poésie et que c’était seulement par cette expérience que le théâtre devenait éminemment politique.

« Madame, madame de Pompadour, est-ce que je perds la tête parce qu’il est tard ou est-ce que vous venez de me faire un clin d’œil ? Madame, vous m’entendez... ? »


L'édito de novembre 2019...

En 1622 à Paris naquit Jean-Baptiste Poquelin, contemporain de Cyrano de Bergerac et de D'Artagnan. Vingt-deux ans plus tard Jean Baptiste Poquelin devient Molière ; et, bien avant la gloire et la vie de château, Molière et ses compagnons de théâtre sillonnent les routes de France avec leurs modestes tréteaux. On raconte de Molière qu’il a toujours été fasciné par la Tragédie, qu’il admirait Corneille et aimait jouer ses œuvres. Mais le public n’appréciait guère les interprétations de Molière dans des rôles tragiques au point que, lorsque cela se produisait, le parterre se soulevait créant d’interminables émeutes.

Il y a un an et demi j’achetais la future caravane des Estivants à Éric, dans un petit village du haut var. En arrivant Éric m’a demandé pourquoi je voulais l’acheter et je lui ai parlé de notre compagnie de théâtre. Il m’a expliqué que sa caravane appartenait à son père décédé, qu’elle était pliable, qu’elle avait beaucoup voyagé depuis les années 70, date de sa fabrication. Il a rajouté que ça lui ferait plaisir que la caravane de son père prenne la route avec une troupe de théâtre. Je l’ai alors, observée longuement : les autocollants des différents pays à l’extérieur, la Sicile, l’Italie, la Grèce, les coussins fleuris et orangés à l’intérieur. Et puis Éric m’a interpellée par la fenêtre : « Alors comme ça vous voulez faire comme les saltimbanques, prendre la route et faire du théâtre, c’est bien ça ? Comme Molière quoi ! » Puis il a ajouté : « Est-ce qu’au moins l’une de vous sait comment s’appelait véritablement Molière ? »

Je ne sais pas pourquoi mais ce jour-là j’ai bêtement fait semblant de chercher dans ma mémoire. Je crois que j’ai eu envie de me faire croire qu’en me vendant sa caravane Éric me révélait en même temps l’existence d’un grand homme de théâtre et me promettait des jours heureux.

Cet été pendant notre tournée du camping show, à la fin du spectacle un spectateur est venu me remercier. Il m’a soudainement regardée avec beaucoup d’intensité comme frappé par une révélation : « En fait ce que vous faites, c’est un peu comme ce que faisait la troupe de Molière dans ses jeunes années. Du théâtre de tréteaux ! »

Décidément, me suis-je dit, si ça continue nous finirons par monter un spectacle sur Molière !



L'édito d'octobre 2019...

J’aurais bien aimé faire un spectacle sur un toréador dans son costume de matador et le passage furtif d’un personnage arborant une coiffe indienne en plein milieu de la corrida. En ce qui concerne la coiffe indienne, j’ai une préférence pour celle du chef de la tribu parce qu’elles sont généralement plus imposantes, notamment dans le choix des couleurs. Pour la scénographie justement j’ai imaginé construire une montagne d’environ 10 m de long sur 8 m de hauteur, une sorte d’arène à l’envers. Pour la couleur de la montagne cela reste à définir avec la scénographe du projet.

Ce spectacle pourrait se jouer en extérieur, notamment sur un terrain de football, parce que j’ai toujours été fasciné par la couleur de l’herbe des terrains de sport et par les tribunes des supporters qui pourraient justement rappeler celles de l’arène… Ou dans un gymnase. Je dois admettre que j’hésite encore entre l’extérieur et l‘intérieur, le théâtre de salle et le théâtre de rue… C’est-à-dire que je ne voudrais pas me fermer des portes maladroitement.

J’aurais bien aimé travailler avec deux acteurs franco-suisse une scène dans laquelle je ferai se rencontrer au sommet de la montagne un abricot géant et un ballon, puis j’inventerai un système de tyrolienne qui partirait de cour et irait jusqu’à jardin pour représenter le plus vraisemblablement possible un tire-fesse comme on en voit dans les stations de ski, et faire descendre en même temps, en ski, en surf, en luge et en mono ski, le torero, l’indien, l’abricot et le ballon sur une musique classique telle que les 4 saisons de Vivaldi ou Ameno du groupe Era.

Comme on peut le comprendre sans effort, ce spectacle ne parlerait strictement de rien.


L'édito de mai 2019...

Cet hiver nous avons joué Ma vie de François, l’un de nos spectacles-estivants dans une maison de retraite. Dans ce « seule » en scène, je me grime en différents personnages. François, sa femme Christine, puis l’huissier - qui n’a pas de prénom d’ailleurs parce que l’huissier, ça suffit -. Chaque personnage porte une perruque et une paire de lunettes différentes. Au fond c’est toujours le même personnage. Une déclinaison de François peut-être, ou, un prolongement de lui-même. Cette histoire je l’ai inventé à un moment où ma vie ressemblait à celle de François. Il n’y a pas de hasard. François, Christine et l’huissier sont devenus très réels pour moi, malgré leur immatérialité. À la fin de la représentation, une dame s’est approchée de moi et m’a demandé : « C’est vous qui jouez tous ces personnages ? » J’ai hoché la tête de haut en bas. Puis, elle s’est approchée davantage et m’a murmuré : « C’est curieux ce besoin qu’ont les gens de ne pas être eux-mêmes. »


L'édito d'avril 2019
Lorsque nous commençons la promenade il est encore tôt, j’enfile un pull-over en sortant de la voiture, l’air est frais et mes yeux endormis. Quitter le chemin goudronné, enjamber un ruisseau, rejoindre l’itinéraire, suivre le GR balisé par des traits rouge et blanc, croiser des vaches, des ânes, des marmottes, des bouquetins et des chamois. Il est bientôt 13h, j’ai faim, nous marchons depuis longtemps. Mon père dit que nous déjeunerons bientôt près du lac, avec une vue imprenable sur le parc de Néouvielle. Sous sa casquette gracieusement offerte par la MGEN, on devine l’inévitable cordon à lunettes, que mon père laisse retomber dans un geste plein d’assurance, pour jeter un regard furtif sur la carte IGN, s’assurant ainsi que nous n’avons pas dévié du GR…13h45 : Je suis découragée, je n’en peux plus de randonner et je jure que si je n’étais plus une enfant je rebrousserais chemin illico presto. Mais plus tard, ayant satisfait ma faim et tout en reprenant la marche, voilà le tintement des clarines, l’odeur du foin, le bruit lointain des cascades, le soleil sur les prairies voisines et le calme imperturbable des lacs. J’ai la certitude d’être au bon endroit au bon moment. Finalement la randonnée c’est un peu comme le théâtre. Picabia disait à propos de ses tableaux qu’il y « travaill(ait) en s’amusant comme on fait du sport. » Sans doute devrais-je travailler comme on se promène, avec le savoir-vivre et l’élégance du randonneur. Au découragement succèderait la consolation de paysages toujours plus beaux, 100 m plus loin.


L'édito de janvier 2019

Je nous souhaite la candeur de nos 17 ans, l’élan de mille chevaux au galop et au vent, le soleil contre l’ombre, des yeux d’aventure. Je nous souhaite de nous risquer, d’essayer, de nous tromper et de recommencer avec passion. Je nous souhaite d’être déraisonnables, maladroits, audacieux, poètes, amoureux, idiots, paresseux, désobéissants et fous. Je nous souhaite à tous d’entrer dans la vie comme on entre sur scène avec panache et liberté, avec la légèreté et le goût du jeu.


L'édito de septembre 2018...

Ah ! Quitter la paresse des jours d’été, le bruit des pieds nus dans l’eau, l’odeur du thym à l’ombre d’un arbre, avoir pour grand projet d’écrire une carte postale et pour seule contrainte la popote du soir… Un souffle de liberté ouvert aux quatre vents ! Mais à bien y réfléchir qu’est-ce qui nous empêcherait de poursuivre cet état de passivité et de disponibilité totale ? Le travail ? Soit. Alors il faut avoir le courage de ne pas travailler. Ou de travailler autrement.

Ps : Et si vous avez aimé ce texte sachez qu’il n’est pas de moi, quelques phrases empruntées dans La Collectionneuse de Rohmer devrait vous donner envie de découvrir ce chef d’œuvre de la nouvelle vague tout à fait à propos.


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