REVUE DE PRESSE


FEU / sortie de résidence le 1er février 2018 au 3 bis f, Aix-en-Provence

 

« Être un artiste maudit, quintessence de la réussite ! Dans son galetas digne de la Bohême, un personnage rêve, se voudrait artiste, créateur de génie, auteur, metteur en scène… Mais ses mots sont ceux des autres, des livres qui encombrent l’étroit espace sur lequel veille une photographie de Godard. S’enivrant de désespoir et de whisky bon marché, notre aspirant aux sphères éthérées de l’art, pardon de l’Art, s’endort… Une succession de tableaux caricature avec brio les diverses représentations de l’artiste, de l’œuvre, et de sa réception. La parodie est excellente : le critique (une pancarte en sautoir définit le rôle de chacun), affublé d’une coiffure-salade directement issue d’une BD de Bretécher, pontifie (n’est-il pas le spécialiste des légumes qu’il porte ici en guise de couvre-chef ?), l’« artiste reconnu » traite tout ce qui pourrait le mettre en cause avec morgue et mordant (d’où une dentition accentuée !), le « génie incompris », au visage enduit de bleu (n’est-il pas autre !), se lance dans des imprécations à l’encontre du monde cruel qui le raille, mais ne fait que reprendre des fragments des Souffrances du jeune Werther de Goethe, dénoncé en cela par le « savoir », qui, avec condescendance, rend aux auteurs leur propriété littéraire, Genet, Camus, Fassbinder, Vaneigem… Le pastiche s’attarde sur le vaudeville, le cinéma, puis charge les mises en scène contemporaines, les diktats des modes d’expression, qui sont aussi des marques des pouvoirs dominants… Il faut alors lacérer les mots d’ordre pour retrouver la pureté d’un monde sans limites, bercé de l’ouverture de la Norma… dans une célébration de la vie, tout simplement. La jeune Cie Les Estivants proposait, en sortie de résidence au 3bisf, une étape de travail de sa nouvelle création Feu !, dans la mise en scène de Johana Giacardi. Un petit bijou est en train de trouver ses marques, porté avec un indéniable talent par une troupe entièrement féminine (excepté la régie son). Bravo ! »  

 

MARYVONNE COLOMBANIE – ZIBELINE / Février 2018

Lien vers l’article : http://www.journalzibeline.fr/critique/art-en-scene/

 


Les Nobels / présentation le 19 décembre 2018 au 3 bis f, Aix-en-Provence

 

« La troupe pétillante de Johana Giacardi, Les Estivants, lance son ouverture de résidence au 3bisf avec un spectacle enlevé et jubilatoire, Les Nobels. Suivant la définition du terme « estivant », ces « vacanciers libérés de toutes contraintes », cette joyeuse équipe complice offre un spectacle déjanté où le théâtre, l’écriture, sont mis en abyme, connaissent des échos drolatiques, des inventions dans l’esprit des Rubriques à Brac de Gotilb ou des films des Monty Python.

Les spectateurs se massent d’abord sous l’auvent de la cour intérieure du 3bisf et assistent aux retrouvailles désastreuses entre un mari qui revient de guerre et de son épouse qui ne l’a guère attendu. Un « Ciel mon mari ! » situé dans un XVIIIe fantasmé, costumes et perruques de circonstance, -tous les membres du théâtre sont d’ailleurs déguisés et grimés pour l’occasion… Puis, la représentation s’arrête, problème, il y aurait eu une inversion de lettres dans le titre, « Nobels » a été tapé au lieu de « Noble », et une nuit de veille et de transes théâtrales a été nécessaire pour pallier à cette erreur et présenter au public un texte concernant les prix.

Un jury pontifiant, précédé des trompettes de la renommée, décerne le « petit prix de littérature » à un écrivain, forcément maudit, blessé dans son orgueil et sujet aux débordements fiévreux d’une logorrhée soutenue par les « pompes » disséminées dans le décor et les souffleurs cachés derrière les rideaux…

Les actrices déclinent la double pièce en une sorte de chorégraphie alerte à la démesure de leur univers déjanté, entre le détournement des phrases cultes « Tu n’es pas mon père, mais mon grand-père », le jeu sur les clichés, érigé en œuvre d’art, les parodies hilarantes (ainsi, celle du déjeuner sur l’herbe qui peu à peu se distord, les grognements des cochons remplaçant les gazouillis d’oiseaux du tableau champêtre initial), les jeux de mots potache, le tout en un rythme vif qui passe du coq à l’âne avec une aisance enjouée. On rit beaucoup, et on se laisse séduire par cette pièce délirante qui joue de l’absurde et du farfelu avec un talent rare ! »  

 

MARYVONNE COLOMBANIE – ZIBELINE / Janvier 2019

Lien vers l’article : https://www.journalzibeline.fr/critique/des-bonheurs-de-lillusion-theatrale/